mardi 28 septembre 2010

Nouvelles clés est mort... quelle déception !

Tribune - Quelle mouche pique les directeurs des journaux à vouloir changer leur maquette ! Une amie chère m'a fait découvrir Nouvelles Clés il y a bon nombre d'années. Ce fut une rencontre ; comme avec une personne réelle. Une surprise qui m'a harponné, ouvert coeur et esprit pour me faire dire à peine repliée, "Encore !".

Je m'y suis abonnée et désabonnée. J'ai conservé les numéros.

Ces derniers temps, je me réservais le plaisir de le découvrir à l'occasion de longs trajets. Un rituel délicieux qui me déclenchait un sourire à l'abord des gares et aéroports. Souvent enfoui quelque part, le magazine surgissait entre les mains du kiosquier qui allait me dénicher le dernier numéro de Nouvelles Clés. L'attente avant l'effeuillage, ces quelques minutes où il me fallait le porter précieusement jusqu'à mon siège était... ravissement. Cette revue a toujours réussi à me capter de la première à la dernière page me donnant parfois le sentiment d'appartenir à une certaine tribu. Je m'y suis nourrie, apaisée, enrichie. Elle m'a souvent gratté la tête et j'adore ça. La prouesse était de donner de la matière à penser, méditer hors des sentiers battus, des morales, des religions, du judéo-christianisme, c'était un espace de liberté en dehors du temps, ailleurs...


Puis j'ai acheté le n° de Clés d'octobre novembre 2010.

J'ai, hélas, pu contempler avec désolation les pages de publicité s'étaler, EDF, BNP Paribas, AirFrance, Danone... visiblement destinées à une lectrice féminine, Opium, laboratoire Pierre Fabre, Cheveux Phyto, Lancel, Evian... et bobo sur les bords, "durable" "responsable" sont les épingles des nouvelles rubriques.

Au début, je n'ai vu que ces pages colorées à côté des articles noir et blanc. Imaginez la seule page humour du magazine, timide et blanbichônne, coincée à côté d'une page colorée qui promeut la Casden, la banque de l'éducation, de la recherche et de la culture ! Au secours ! Le monde marchand insipide est entré là.

Ce journal est devenu un vulgaire produit à 5 € destiné à une consommatrice riche et branchée.

Cela m'a fait penser à une autre histoire survenue il y a quelque temps... Le magnifique mensuel de cuisine, Régal, retombé comme un soufflet à terre sous le joug de l'augmentation des ventes.

Pourtant je les ai tourné les pages du nouveau "Clés". Rien ne m'a donné envie de lire dans ces feuilles blanches un brin noircies, à la plastique froide, dont on devine qu'elles ont dû donner matière à faire et à défaire. Le désert. Puis mes babines se sont vraiment retroussées, à la vision des pages shopping, déco, mode ; une photo de Jacques Attali, et une autre de Joël de Rosnay surfant à Biarritz, fier d'afficher sa belle santé à son âge avancé ; l'annonce du livre de David, de Perla... Servan Schreiber contre lequel je n'ai rien, mais tous ces noms de la même famille feraient se sentir un peu étranger tout lecteur s'appelant Tartempion.

L'article sur le vin bio, est indigent, confond avec amateurisme le vin bio et le vin sans soufre, recommande 8 bouteilles d'un caviste du 17ème arrondissement.

Je me suis mise à chercher qui était derrière ce chamboulement qui n'avait plus rien à voir avec un simple toilettage de maquette. Et alors en fin de magazine, je suis tombée sur l'ours, (la fiche d'identité) du bimestriel. Les principaux actionnaires sont désormais Jean-Louis et Perla Servan Schreiber, Marc de Smedt, Albin Michel, Kiron ; la nouvelle adresse se situe à Paris dans le 8ème arrondissement.
Pourtant Marc de Smedt et Patrice Van Eersel, les deux Anciens fondateurs, sont toujours là, mais pour combien de temps ?

En perdant ses "Nouvelles" le nouveau Clés a raboté ses ailes. Comme je suis déçue.

4 commentaires:

ludovic ROIF a dit…

Hum je comprends l'amertume d'une certaine manière mais à partir du moment où l'édition est une aventure entrepreneuriale avec des charges, des salaires...etc, ça semble inévitable à moins d'avoir d'autres ressources à la manière d'un owni.fr qui est plutôt une plate-forme d'expérimentation.

Marise Sargis a dit…

Pourtant le motif économique ne pointe pas vraiment de l'édito de Marc de Smedt qui déclare "Pour un organe de presse comme le nôtre, en progression constante depuis quatre ans..." mais qui compte s'adresser à un plus large public. Comme il est étrange aussi ce passage où il qualifie son ancienne formule "d'artisanale"... Les coulisses d'une rédaction sont décidément opaques pour une personne extérieure.
Il va falloir aller s'inspirer ailleurs. Allons voir du côté d'owni.fr que je découvre.
Merci pour votre commentaire.

Yola a dit…

Tu soulèves là un vrai problème de la presse papier: comment perdurer en se renouvelant, trouver de nouveaux lecteurs sans décevoir les anciens… et faire vivre le journal (et ses journalistes)?

Marise Sargis a dit…

Le fil d'Ariane semble rompu... ce journal devient un journal ordinaire, mais cela rejoint le cycle ternaire de la vie que nous connaissons tous bien, naissance, mort, ailleurs. Merci pour ton passage qui me ravit toujours.