dimanche 14 août 2016

Aux sources du qi gong, Yi King et maîtres taoistes


Le qi (énergie universelle-souffle) gong (étude, pratique, recherche) désigne un art énergétique interne. Un art méditatif et poétique qui renforce la santé, la connaissance de soi et les liens avec le monde extérieur. En apparence c'est une discipline corporelle, mais elle est plus que cela. Elle met en relation le corps, le souffle et l'esprit. C'est pourquoi le qi gong, tout comme le yoga, ne sont pas des gymnastiques.
Lao Tseu - Tao-Të King, Traité sur les vertus du Tao


L'ère taoïste, un qi gong alchimique et contemplatif
Le qi gong puise ses fondements aux sources du Yi King (Le livre des transformations  1122 av J.-C ou 7ème siècle selon les auteurs), qui décrit trois énergies naturelles (San Cai) : Ciel (Tian), Terre (Di) et Homme (Ren) et les trois qi qui en découlent. C'est  le premier écrit qui parle du Qi.


Les premiers exercices de Qi Gong se développent  sous l'influence de la pensée alchimique taoïste, et la mythologie des Immortels (dynastie Zhou 12ème au 10ème siècle avant J.C). Ceux-ci cherchent à faire vivre le noyau d'immortalité qui sommeille en chaque être humain, la "longue vie". Des êtres humains représentés comme des ermites et des sages cultivant le Dao (ou Tao).
Tchouang Tseu - Nan Huan Jing (Le rêve du Papillon)
Lie Tseu
Lao Tseu, et à sa suite, Tchouang Tseu et Lie Tseu en sont les principaux fondateurs et décrivent comment vivre en harmonie avec le Ciel et la Terre au sein du  Dao (ou Tao). Le Dao (la Voie) décrit une philosophie et une voie naturelle céleste incarnée sur Terre librement interprétée par chaque être. Il revient à chacun au cours de sa vie de cultiver son Dao. Les sages taoïstes, laïcs,  pratiquent des exercices pour purifier le corps, et régulariser le souffle et l'esprit. Ils s'inspirent de l'observation de la nature et des animaux pour comprendre les lois universelles. Au 2ème siècle après J.-C., Tai Ping Jing écrit Le Livre de la paix céleste et enseigne des méthodes de concentration sur le Un (Shou Yi) et de visualisation intérieure, à l'aide d'images, de sons, de couleurs (Chun Se), qui sont à la base de beaucoup de Qi Gong statiques actuels.  Une idée fondatrice est posée : l'être humain a un corps qui s'harmonise par l'esprit. Un médecin taoïste Ge Hong (284-364)  écrit un livre très important, Bao Bu Zhe et consacre une partie au "Yangsheng" un ensemble de principes pour nourrir la vie et accroitre la longévité. Ce livre décrit pour la première fois les trois Dan Tian (centres énergétiques) et décrit des méthodes respiratoires comme la respiration embryonnaire (appelée aussi "la respiration au Dan Tian"). Dans ce livre est évoqué l'existence d'un maître taoïste Shi Chun (3ème siècle) qui soigne les malades par la projection de son énergie par les Lao Gong (les paumes de sa main). Cette méthode s'appelle Wai Qi (la méthode de l'énergie projetée). La finalité est d'assurer la longévité et de se soigner. Les techniques taoïstes sont souvent nommées Nei Gong (arts martiaux qui s'appuient sur un travail interne du qi).

L'ère bouddhiste, un qi gong religieux
Sous l'influence du bouddhisme, le Qi Gong s'intègre dans les  pratiques religieuses monastiques. Cette nouvelle religion s'implante en Chine au 2ème siècle. Au 6ème siècle,  Bodhi Dharma, un prince hindou  (Damo pour les Chinois) séjourne au temple de Shaolin. Il transmet la méditation de l'Eveil (Chan) et deux méthodes de gymnastique énergétique : le Yi Jin Jing (Enchainement pour renforcer les tendons) et le Xi Sui Jin (Technique pour laver les moelles et purifier l'intérieur) dont seront issues plus tard les Ba Duan Jin et le Xingyi (créées par le maréchal Yue Fei sous les Song 12ème et 13ème siècle). C'est l'époque où se multiplient les écoles taoïstes, bouddhistes (hindou et tibétaine). Pendant environ 700 ans (de 206 av J.-C. à 502 ap J.-C) les pratiques de  qi gong se transmettent de manière initiatique de maitre à élève au sein des monastères. La finalité est d'échapper au cycle des réincarnations. C'est la période où sont créés le Wu Qin Qi (gymnastique des Cinq animaux - par le taoïste Jun Qian) et la méthode des six sons thérapeutiques  pour réguler le qi et les organes internes (créé par Sun Si Miao au 6ème siècle) et où Tao Hong-Jing écrit le Yang Shen Yan Ming Lu (Comment nourrir  son corps et rallonger sa vie).

L'ère martiale, un qi gong combatif et militaire
Puis de 502 jusqu'en 1911, le qi gong est adapté aux arts martiaux. Le moine Damo enseigne d'abord le style "Wai Jia Quan" ou Boxe de style externe (méditation à l'intérieur du corps et forme du combat à l'extérieur). Ensuite va naitre un style interne  "Nei Dan" travers de 3 formes : le Taiji Quan (que l'on attribue à Chang San-Feng), Bagua Zhang et Xin Yi. Ainsi Wai Dan (Elixir externe, exercices de Qi Gong au cours desquels le pratiquant développe so,n qi dans ses membres et le guide vers le centre de son corps) et Nei Dan (Elixir interne style de qi gong où le qi est développé dans le corps et distribué dans les membres) vont se compléter.  C'est une période très féconde où de nombreux styles sont créés. Le Hu Bu Gong (le pas du tigre), le Jiao Hua Gong (le kung fu du mendiant), les Sri Er Zhuang (les "Douze postures") et accompagnés de multiples écrits : Yang Shen Fu Yu (Brève introduction à la nourriture du corps) à propos des Trois Trésors (San Bao ou San Yuan les Trois origines) que sont Jing (L'Essence) Qi (le Souffle) Shen (l'Esprit).

L'ère moderne, un qi gong de santé et d'épanouissement  jusqu'en Occident
De 1911 à nos jours, s'est développé un qi gong moderne destiné à tous, vidé de toute dimension religieuse. Liu Gui Zhen (1920-1983), qui a guéri d'un ulcère grâce au qi gong, fonde le premier centre de Qi Gong médical à Beihade en Chine, en 1956. Il invente le terme de "Qi Gong" pour désigner l'ensemble des pratiques énergétiques.  Le Qi Gong est un terme récent qui rassemble un corpus de  pratiques antiques. Liu Gui Zhen créé aussi le Nei Yang gong, un système complet pour maintenir la santé, très touffu.  Sa fille, Madame Liu, perpétue son enseignement et est à l'origine du Qi gong de la femme.

Un qi gong thérapeutique, destiné à guérir les maladies, s'est développé au cours des siècles avec l'accroissement des connaissances sur le qi, la circulation à travers les méridiens, et les méthodes de soins : Dao Yin (mouvements pour conduire le qi et soigner les maladies),  Acupuncture, An Qiao (Automassages), Tuna (méthode respiratoire).  Quelques étapes marquantes : le "Traité sur les origines des différentes maladies" (Zhu Bing Yuan Huo Lun écrit par le docteur Chao Yuan Fan en 610)  est le premier du genre et sert de base à la Médecine traditionnelle chinoise (MTC).  Les traitements prescrits utilisent des techniques de Qi Gong et des principes de YangSheng
Puis, le Traité des ordonnances difficiles (Nan Jing au 2ème siècle).  Sun Si Miao (6ème siècle) développe des applications du Qi Gong médical dans le traitement des maladies comme "la méthode des six sons" et souligne le lien entre les maladies et les 5 organes. Les techniques d'acupuncture se développent au 11ème siècle le docteur Wang Wei-Yi conçoit un mannequin de cuivre pour expliquer l'acupuncture. L'empereur Ren Zong guéri par cette méthode va contribuer à la faire connaitre.
Parmi les qi gong thérapeutiques contemporains, lire  cet article du quotidien Le Monde (31/8/2016) sur la méthode de Mme Guo Lin et ses marches thérapeutiques pour lutter contre le cancer. Une  expérimentation est actuellement menée à la Pitié Salpétrière à Paris.


 
Le Qi gong englobe de très nombreux enchainements avec des séries de mouvements (Dao Yin) issus de ces différentes périodes historiques. Des pratiques d'inspiration taoïste ou bouddhiste ou moderne. La finalité du qi gong peut varier pour revêtir un caractère  thérapeutique, martial ou  contemplatif. La richesse de la boite à outils est grande et inclut des formes statiques (méditations assises, postures) et des formes dynamiques (Dao Yin). Des respirations dures, douces, inversée, etc.  Une seule vie ne suffirait pas à en faire tout le tour.

Idéogramme du Qi 

L'histoire du  Qi Gong est indissociable de celle du qi et de la pensée chinoise à l'origine de cette conception singulière. Qi désigne l'énergie universelle ou le souffle et en réalité, "les" souffles, car ils sont multiples. Traduit longtemps par "énergie", la période actuelle adopte plus volontiers le terme de "souffle". Le qi est partout, recouvre comme une brume invisible la terre, le ciel et circule dans toute créature vivante. Le qi c'est la vie même. Les maladies, selon la Médecine traditionnelle chinoise, viennent d'un problème avec le qi. Tant qu'il circule harmonieusement dans tous les organismes, la santé règne. Le rôle de l'homme est de veiller à son harmonie. Dans cette conception vient poindre la notion de dualité du yin et du yang. Dans l'unité du qi, se dissocie deux qualités complémentaires et entremêlées : le yin et le yang. Cette idée est symbolisée par le Taijitu. Au commencement tout est yin, Un. Au plus profond du yin nait le yang. Le Yang véritable. Le yang se développe et à son extrême revient au yin. Ainsi yin et yang, en perpétuel mouvement comme le souffle qui nous meut,  circulent ensemble dans une chronologie immuable dans toute chose et tout phénomène. Ces deux forces s'inscrivent parmi les lois de l'univers issues de l'observation et de l'intelligence humaine. Le Yin exprime l'obscur, le froid, l'intérieur, la lune, la Terre, l'hiver, etc. Le Yang, la lumière, le blanc, le haut, le Ciel, l'été, le chaud, l'extérieur, etc.
  
Posture de l'arbre
Les enchainements pratiqués requièrent toute l'attention et cet art développe le sentiment du présent comme dans la tradition bouddhiste.


 
Taiji Tu - Figure du faîte suprême ou Yin Yang Yu


Sources : Les racines du Chi-Kung, Dr Yang Jwing-Ming éditions Budo. 

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